L'histoire d'un fleuron du monde français du puzzle

  • 1930-31, la société Stanislas Esman vraisemblablement touchée par la crise économique cesse ses activités en dépit d'une large gamme de produits. Alexandre Tchertoff, a-t-il rencontré Stanislas Esman pour s'inspirer de sa stratégie marketing, voire reprendre des actifs ou le fonds de commerce ? A-t-il recruté une ou des découpeuses de cette entreprise ? La technicité de certains puzzles fabriqués au tout début de l'entreprise peut en tout cas le laisser penser.

  • La société débute ses activités au 395 rue de Vaugirard à Paris et s'installe en 1931 au 5 rue Auguste Vitu à Paris.

  • Vers 1931, Alexandre Tchertoff passe un accord avec Louis Vuitton pour fabriquer des puzzles à sa marque.

  • Le 22 janvier 1934, il crée la société "Établissements Vera" avec deux associés d'origine russe, Alexandre Poutiatine, et Oreste de Klemm. Ils donnent à la société un prénom russe Vera qui signifie "confiance dans l'avenir".

  • La société est inscrite au RC Seine sous le numéro 260-176 B, puis 542 070 156 R.C.S. Paris. Le capital social est constitué de 252 parts de 100 francs chacune détenues à parts égales entre les 3 associés.

  • 1934 : signature de l'accord de partenariat avec Kay Kamen (1892-1949), agent mondial exclusif des produits dérivés Walt Disney : c'est le premier contrat en France. Alexandre Tchertoff utilise les services d’un graphiste russe qui compose les dessins ; ces dessins sont ensuite validés par Walt Disney avant impression. La famille Tchertoff a conservé quelques originaux de ces dessins.

  • Les Établissements Vera sont officiellement transférés au 190 rue Lecourbe à Paris 15ème le 20 octobre 1937 dans les locaux de l'entreprise EMEL - Établissements Mécaniques et ELectriques. Cette installation fait sans doute suite à la reprise de l’entreprise EMEL par les Établissements Vera ; ils utilisent en effet la marque "Spiro" (Les Jouets Métalliques) qui a été déposée le 5 octobre 1938 par EMEL.

  • En vertu du paragraphe 4 de l'ordonnance du 23 septembre 1940 sur la mainmise et la conservation des biens en territoire occupé, Me Franz Kott, installé 270 rue Saint-Honoré à Paris 1er, est désigné Commissaire-Administrateur de la société. Cette disposition est prise dans le cadre du dispositif allemand d’administration provisoire des biens en raison de son statut d’apatride.

  • La même ordonnance entérine la nomination de Mr Hans Schlieben, consul à Neuilly 5 rue Paul Deroulède, comme Commissaire-Administrateur de la société pour la moitié de la participation en remplacement de Me Kott.

  • Le 23 décembre 1941, la nomination de Mr Schlieben est radiée.

  • En 1945, Alexandre Tchertoff reprend la responsabilité de l'entreprise après sa libération par les alliés, et son fils Robert le rejoint en 1947.

  • De nouveaux contrats de partenariat sont signés avec Germaine Bouret, célèbre dessinatrice de scènes enfantines vers 1946-47 et Alain Saint-Ogan, créateur de Zig et Puce en 1948

  • Le 14 décembre 1949, le capital de l'entreprise est porté de 25 200 francs à 2 520 000 francs par apport en numéraire (1 240 000 francs), incorporation de réserve, provisions et bénéfice non distribué pour le reste ; le nouveau capital social est constitué de 500 actions (496 pour Alexandre Tchertoff et 4 pour Mr Wrangel).

  • Le contrat avec Germaine Bouret est suspendu fin 1949, et celui avec Saint-Ogan dans le courant du 1er semestre 1950, sans doute pour des raisons d'économie (voir plus loin).

  • Le contrat d'exclusivité avec Walt Disney est quant à lui renouvelé le 31 mars 1951. Il est vrai qu'une part très importante des fabrications de l'entreprise dépend de ce contrat.

  • Suite aux lourds investissements (recherche, moules…) pour la réalisation du jouet "Jimmy le Skieur", la société se retrouve en grande difficulté et est déclarée en liquidation judiciaire le 11 juin 1951.

  • Le 12 juin 1951, le Juge-Commissaire autorise la poursuite de l'exploitation pendant la procédure.

  • Un inventaire réalisé le 12 juin 1951 donne la liste les actifs industriels de l'entreprise et témoigne ainsi des très lourds investissements qui ont été supportés par la société Vera pour la création des jouets Auto "Spiro", "Jimmy le Skieur" et "Philobar" (voir Les Jouets Plastiques ou caoutchouc) :

    • 3 scies sauteuses à moteur 1/3 CV sur bâtis en béton armé - valeur 3x 20 000 francs,

    • 1 scie sauteuse à moteur 1/3 CV sur bâtis bois - valeur 12 000 francs,

    • 1 scie sauteuse Delta sans moteur - valeur 5 000 francs,

    • outillage pour Auto Spiro - valeur 650 000 francs,

    • ensemble des moules d'injection pour Jimmy Skieur - valeur 1 100 000 francs,

    • ensemble des moules d'injection pour "Philobar" - valeur 300 000 francs.

  • Après la signature au Tribunal de Commerce d'un concordat le 17 décembre 1951 avec la majorité des créanciers pour le remboursement de la dette étalée sur 6 ans, la poursuite d'activité est homologuée le 7 février 1952.

  • Le 24 avril 1952, le Juge-Commissaire entérine les comptes de la période de liquidation judiciaire.

  • Robert Tchertoff prend la direction de l’entreprise dans les années 60. Sous son autorité, l’orientation stratégique est claire : assurer la fabrication dans les meilleures conditions de coût.

  • L'organisation industrielle est modifiée pour accélérer les rendements ; les rythmes de travail sont très durs : 9h de travail par jour, ½ h pour le déjeuner, 1 000 morceaux à l’heure, une paye au rendement, et l’obligation pour les découpeuses de trier elles-mêmes leurs pièces contrairement aux habitudes dans la société Les Jeux Artistiques qui emploie des trieuses.

  • 1960-61 : création de la société "Fair Play"

  • En 1965, Vera prend la distribution des puzzles anglais en carton Tower Press et des jouets "Fisher Price".

  • En 1973-74 : lancement de plusieurs nouvelles gammes :

    • nombreux casse-tête pour tous les âges,

    • billes américaines,

    • une série de jeux d'échecs magnétiques,

    • une nouvelle collection Design.

  • · 1974 : Robert Tchertoff recrute Michèle Wilson au vu de son expertise : "Enfin quelqu’un qui connait ce qu’est un puzzle !" dira-t-il lors de ce premier rendez-vous. Michèle Wilson s’installe près des deux découpeuses Colette Sargent et "Nana" ; cette dernière est à l’origine des puzzles Rex découpés en quatre parties dans une première étape – cf. paragraphe 1950-1960). Par suite d’une étourderie en fumant près de la scie (son mégot de cigarette est avalé par l’aspirateur de la scie), Michèle Wilson s’installe toute la nuit à côté du bidon de sciure pour le surveiller. Robert Tchertoff la rejoint et ils envisagent ensemble le projet d’un département Puzzle Michèle Wilson au sein de Vera. L’idée ne va pas plus loin, et Michèle Wilson quitte les Établissements Vera pour créer sa propre entreprise Puzzles d'Art Michèle Wilson.

  • Fin 1975, la société américaine Fisher Price résilie son contrat de représentation avec Fair Play et crée sa propre filiale de distribution. L'arrêt de ce contrat entraine une perte importante de rentabilité de la société Fair Play et, par ricochet, de celle de Vera.

  • 1977 : aucun de ses trois fils n'étant intéressé par la reprise de l'entreprise, Robert Tchertoff la vend au groupe Anglais "Mettoy", fabricant de jouets et un des fournisseurs de la société Fair Play.

  • 1980 : Le groupe Mettoy dépose son bilan en Grande Bretagne, entraînant la liquidation de Vera et la cession ou la reprise de la marque Fair Play.

  • La marque "Jouets Vera" est déposée auprès de l’Institut National de la Propriété le 4 juillet 1980.

  • La société est radiée le 6 octobre 1982.